Tout savoir sur les échelles TRL et SRL
Les TRL c'est quoi?

L’échelle des Technology Readiness Levels (TRL) est aujourd’hui l’un des principaux langages communs de l’innovation. Initialement développée par la NASA pour apprécier le degré de maturité des technologies, elle a été progressivement reprise par les programmes européens et par de nombreux dispositifs nationaux de financement. Elle comporte neuf ni-veaux, du TRL 1 — où l’on se situe encore au stade des principes scientifiques et des concepts — jusqu’au TRL 9, qui correspond à une technologie pleinement opérationnelle, déployée en conditions réelles et éprouvée dans la durée. Pour ICCARE, cette échelle offre un re-père utile pour situer les projets : le pro-gramme travaille prioritairement sur les niveaux 1 à 4, là où se construisent les connaissances, les méthodes et les premiers démonstrateurs. Certains résultats peuvent ensuite monter en TRL grâce à des dispositifs complémentaires (maturation, pré-maturation, transfert), en partenariat avec les ac-teurs de l’écosystème de l’innovation.
Les SRL c'est quoi?

L’échelle des Societal Readiness Levels (SRL) a été proposée au début des années 2010, notamment par le fonds d’innovation danois, comme pendant sociétal des TRL : il ne s’agit plus de mesurer la seule maturité technologique d’un projet, mais son degré de préparation et d’appropriation par la société (acteurs, usages, cadres institutionnels). Elle comporte elle aussi neuf niveaux, qui vont de l’identification d’un problème et de premiers échanges avec quelques parties prenantes jusqu’à l’intégration de la solution dans des organisations, des politiques publiques ou des pratiques stabilisées. Pour ICCARE, cette échelle offre un repère complémentaire aux TRL. Là où ces derniers situent un projet du point de vue de sa robustesse technique, la SRL permet d’apprécier sa maturité sociétale : travail avec les publics, co-construction avec les professionnels, prise en compte des enjeux éthiques et juridiques, capacité à s’inscrire dans les écosystèmes des ICC. Mobiliser SRL et TRL conjointement revient ainsi à reconnaître que la maturité d’un projet tient autant à sa performance technologique qu’à sa capacité à être compris, discuté et adopté par les acteurs concernés.
Faire place à la SRL: une nécessité pour les ICC et les SHS
Depuis une quinzaine d’années, l’échelle des TRL s’est imposée comme un langage commun pour qualifier la maturité technologique d’un projet. Elle reste toutefois peu adaptée pour rendre compte de la manière dont une in-novation se confronte aux usages, aux enjeux sociaux ou aux poli-tiques publiques. C’est pour combler cette lacune que plusieurs acteurs européens ont proposé l’idée de Societal Readiness Level (SRL), une échelle en neuf niveaux inspirée des TRL mais centrée sur la maturité sociétale des projets. Une première formalisation de la SRL a été proposée par l’Innovation Fund Denmark, qui définit ces niveaux comme un moyen d’apprécier « le degré d’adaptation d’un projet, d’une technologie ou d’une innovation à la société ». Les trois premiers niveaux correspondent à l’identification du problème, à la formulation d’une solution et à ses premiers tests avec quelques parties prenantes ; les niveaux intermédiaires (SRL 4 à 6) renvoient à des expérimentations en contextes réels, en coopération avec des acteurs concernés ; les niveaux les plus élevés (SRL 7 à 9) décrivent des situations où la solution est intégrée dans des organisations, des cadres réglementaires ou des politiques publiques, avec un impact stabilisé. Cette approche est aujourd’hui mobilisée dans plusieurs projets européens d’« innovation responsable » et fait l’objet de tests dans Horizon Europe, où la SRL est utilisée à titre pilote pour apprécier l’acceptabilité sociale et les impacts sociétaux de certains projets financés. En France, elle a été reprise et adaptée par le LabCom DESTINS (MSHS de Poitiers/Ellyx), qui en a fait un outil de référence pour évaluer la maturité des innovations sociales en SHS et a produit un guide méthodologique désormais utilisé par des structures de valorisation et d’accompagnement. Dans ce contexte, l’intérêt de mobiliser la SRL dans ICCARE, et plus largement dans les SHS est double. D’une part, elle permet de reconnaître pleinement la spécificité des trajectoires d’innovation portées par les sciences humaines et sociales : des innovations qui se construisent au contact des acteurs, des territoires et des publics, et qui ne passent pas nécessairement par les mêmes étapes que les technologies classiques. D’autre part, elle offre un langage commun pour rendre visibles des dimensions au cœur des projets d’ICCARE : travail avec les publics, co-construction avec les professionnels, effets sur les métiers et les organisations, prise en compte des inégalités d’accès, anticipation des tensions éthiques ou juridiques. En mobilisant la SRL aux côtés des TRL, ICCARE fait donc un choix poli-tique autant que méthodologique : affirmer que la maturité d’un projet ne se mesure pas seulement à sa robustesse technologique, mais aussi à sa capa- cité à transformer, durablement et de manière située, les pratiques, les organisations et les politiques culturelles. C’est dans cette double lecture que l’ambition de transfert du programme trouve tout son sens.